Rencontre avec Nicolas Philibert

Rencontre avec Nicolas PhilibertMasterclass

Nicolas Philibert, est un réalisateur de documentaires internationalement reconnu. En parallèle de son cursus universitaire en philosophie, il participe au tournage des Camisards (1970) de René Allio. Il devient par la suite son assistant-réalisateur sur Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère (1976). En 1978, il co-réalise avec Gérard Mordillat un premier long-métrage documentaire, La Voix de son maître, dans lequel une douzaine de patrons de grands groupes industriels parlent du pouvoir, du commandement, de la hiérarchie, du rôle des syndicats… Après une dizaine de courts métrages, il réalise son premier long métrage La ville Louvre (1990), une commande du Musée du Louvre pour filmer le déplacement de certaines toiles monumentales. Il détournera la commande et filmera un Musée sans public, des salles vides, habité seulement par la foule invisible qui peuple ordinairement ce lieu. Dès lors le style de Nicolas Philibert est posé. Il développe une véritable passion pour une forme de cinéma qui s’élabore sans scénario, sans acteurs ou plutôt en recherche des non-acteurs et qui laisse une large place au hasard et à l’alchimie produite par la rencontre. Les films de Nicolas Philibert ne sont pas des films « sur » un sujet donné, ce sont des films ouverts, qui posent des questions et suscitent des émotions. En cela ils sont proches du cinéma de fiction par leur sensibilité et leur inventivité. « Si un jour vous avez envie de filmer l’invisible, vous serez le bienvenu lui avait dit le directeur Jean Oury, le directeur de la Clinique de La Borde avant le tournage de La moindre des choses (1996) Nicolas Philibert y retournera six ans plus tard pour le filmer, lequel lui confiera que son travail consiste à « programmer le hasard ». La définition même du cinéma de Nicolas Philibert ? De la même façon La maison de la radio (2012) est une plongée au cœur de Radio France, à la découverte de ce qui échappe habituellement aux regards : les mystères et les coulisses d’un media dont la matière même, le son, reste invisible. Il est encore question de filmer l’invisible dans De chaque instant (2018) son dernier film, centré sur l’apprentissage du métier d’infirmière, pour lequel Nicolas Philibert explique que : « Les situations d’apprentissage ont ceci de particulier qu’elles permettent de filmer les soubassements, de mettre en lumière ce que le temps et l’expérience finissent par rendre imperceptible ». Pour Nicolas Philibert : « Le cinéma repose toujours sur une dialectique entre ce qu’on montre et ce qu’on ne montre pas, ce qui est occulté » Mais surtout Nicolas Philibert s’intéresse aux Humains, et filme avec soin et bienveillance mais jamais à leur insu, leur travail, leurs gestes, les écoutent et nous invite à les écouter et à les regarder avec cette même attention, celle qui parfois, souvent, change le regard. Plus encore que le travail, il filme avec justesse et humour, la comédie humaine au gré des mondes qui l’inspirent et qu’il traverse, dans lesquels il fait une pause, parfois longue, discret et attentif. Film après film, Nicolas Philibert réunit tous ces mondes qui n’en font qu’un et nous rapproche et nous réconcilie avec toutes celles et ceux qui, au fond, parfois nous ressemblent.  

Sylviane Fessier-Marcos

 

Filmographie sélective

La Voix de son maître / Co-réalisé avec Gérard Mordillat (1978) • La Ville Louvre (1990) • Le Pays des sourds (1992) • Un animal, des animaux (1994) • La Moindre des choses (1996) • Qui sait ? (1999) • Être et avoir (2002) • Retour en Normandie (2007) • Nénette (2010) • La Maison de la radio (2012) • De chaque instant (2018)

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