Édition 40


Édition 40

Quelle année ! Notre désir de cinéma est mis à l’épreuve en cette année 2020. Mais notre besoin de lien, d’échange et de partage se veut plus fort et nous a donné l’énergie pour préparer cette 40e édition. Parce que nous croyons qu’en ces temps difficiles et tragiques parfois, seule la culture, c’est–à-dire l’empathie vers l’autre, peut nous permettre de nous relever. Cette édition sera donc celle du rassemblement. Et c’est justement un des moteurs des fondateurs du festival né il y a 40 ans : découvrir des films ensemble et se laisser mener sur des routes inconnues. Vous l’avez compris : pas de programmation virtuelle.

Nous avons préparé une sélection de films ayant marqué l’histoire du Festival. Le coup de poing de La ballade de Narayama (Shohei Imamura, 1980), l’émotion de centaines de gosses qui se rêvaient footballeurs avec Le ballon d’or (Cheik Doukouré, 1994), la présence de Maoris qui après la projection de L’âme des guerriers (Lee Tamahori, 1995) sont allés se recueillir au cimetière de Longueval, sur la tombe de soldats maoris morts à la bataille de la Somme, ou encore l'un des premiers films de Mike Leigh (High hopes, 1988), alors auteur peu connu en France. René Vautier venu présenter Avoir 20 ans dans les Aurès (1972) décida de revenir à Amiens pour faire un film avec des jeunes gens dans les quartiers d'Amiens Nord. Le film n’a pas pu se terminer, les rushs sont ici… Autant de souvenirs et d’aventures qui seront rassemblés pour la première fois dans un livre consacré à l’histoire de ce festival qui est aussi la vôtre.

La compétition rassemble des films inédits en collaboration avec les festivals Cinélatino de Toulouse, La Rochelle Cinéma, Cinéma du réel. Une manière pour nous d’être solidaires avec ces manifestations qui n’ont pas pu avoir lieu.

Nous invitons des cinéastes dans la plus grande diversité de style et d’expression. Rachid Bouchareb qui après avoir reçu le Grand Prix en 1985 pour son premier long-métrage Baton Rouge, viendra pour une carte blanche, partager avec le public ses propres réalisations, La voie de l’ennemi avec le formidable Forest Whitaker (2014), Indigènes (2006) un film qui est à l’origine du décret 2010-890 du 29 juillet 2010 permettant une égalité de traitement des pensions des anciens combattants africains et qui ne fut donc effective qu'en 2010 ! Et oui, le cinéma peut aussi changer des vies. Des films qu’il a produits : La vie de Jésus de Bruno Dumont dont il co-produit fidèlement tous les films, Chouf de Karim Dridi (2015) et le documentaire Tilo Koto de Sophie Bachelier et Valérie Malek (2019), le récit poignant d’un Sénégalais bloqué sur les côtes libyennes qui sublime son enfer par la peinture. Les films qui lui ont donné envie de cinéma, du fascinant polar Le cercle rouge de Jean-Pierre Melville (1970) au Cycliste de Mohsen Makhmalbaf (1987) et plus récemment Barbara de Christian Petzold (2014).

Nous accueillerons Jacques Perrin et lui dirons combien nous l’aimons, autant quand il est prince pour Jacques Demy (Peau d’âne) qu’officier complexe du Crabe-tambour, mais également le nécessaire producteur qui permit à Costa-Gavras de réaliser Z entre autres films, que le réalisateur qui interpelle sur la fragilité de la terre et de tous ses êtres vivants (Océans). La merveilleuse Macha Méril a choisi de venir et mènera une discussion autour de cinéastes qui ont marqué sa carrière : Guy Gilles (Le crime d’amour), Jean-Luc Godard (Une femme mariée) et Rainer Werner Fassbinder (Roulette chinoise). Enfin, nous rendrons un vibrant hommage à Michel Piccoli, tour à tour manipulateur et ambigu (7 morts sur ordonnance de Jacques Rouffio, 1975), loufoque (Themroc de Claude Faraldo, 1972), mémorable (Adieu Bonaparte de Youssef Chahine, 1985) et saisissant (Les équilibristes de Nico Papatakis, 1992, tourné à Amiens).

Venir à Amiens, c’est témoigner de sa curiosité, de son désir et de son besoin de solidarité avec tous les festivals (dont le Arras Film Festival), les artistes et les professionnels de la culture. Rien de nostalgique dans cette édition, 40 ans c’est le bel âge pour dire sa jeunesse d’esprit et de cœur.

Annouchka de Andrade, directrice artistique.


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