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Delphine et Carole, Insoumuses

MLF! Trois lettres qui claquent comme un drapeau; drapeau de l’infamie pour certains, drapeau de la lutte et de l’espoir pour d’autres. Trois lettres qui ont rythmĂ© la dĂ©cennie 70, «parenthèse enchantĂ©e» selon le mot de Françoise Giroud, oĂą la France traditionnelle, un peu figĂ©e, vole en Ă©clats, c’est encore les «Trente Glorieuse» et tous ceux qui ont eu Ă  subir le poids d’une autoritĂ© qu’ils rĂ©cusaient, les injustices d’une sociĂ©tĂ© encore très inĂ©galitaire qui laissait sur le bord de la route ou maintenait sous tutelle des pans entiers de la population. Une lame de fond contestataire voulut se dĂ©barrasser des carcans , de toutes les oppressions. Ce sont les annĂ©es de libĂ©ration, de contestation, de conscientisation aussi oĂą les rumeurs du monde agitent la sociĂ©tĂ© française qui s’y dĂ©couvre une responsabilitĂ©.

Parmi tous les acteurs de ce bouleversement, deux femmes furent Ă  la fois tĂ©moins privilĂ©giĂ©s de cette effervescence et actrices de ces changements: la vidĂ©aste Carole Rassopoulos – qui, dĂ©couvrant la facilitĂ© d’emploi de l’outil vidĂ©o dĂ©cida d’y initier les sans-voix et en particulier les femmes – et l’actrice Delphine Seyrig, au somment de sa renommĂ©e (elle fut la gracile fĂ©e de Peau d’âne de Jacques Demy, l’hĂ©roĂŻne Ă©nigmatique et fuyante de l’AnnĂ©e dernière Ă  Marienbad, outre Resnay, elle a tournĂ© avec les plus grands: Buñuel, Truffaut, Duras, Losey, Ackermann….) fĂ©ministe convaincue et qui vint s’initier Ă  la vidĂ©o dans les ateliers de Carole Rassopoulos inaugurant ainsi une amitiĂ© activement militante.

Il n’est pas de luttes qu’elles n’aient filmĂ©es et fait connaĂ®tre: ouvrières, anti-impĂ©rialistes, rĂ©volutionnaires mais surtout fĂ©ministes. Leurs films tournĂ©s en vidĂ©o, lĂ©gers, facilement lisibles vont ĂŞtre Ă  la fois un outil militant de conscientisation politique et la possibilitĂ© de dĂ©couvrir et s’approprier un moyen d’action efficace et pratique. Partout leurs films sont montrĂ©s et Amiens se souvient peut ĂŞtre de la mĂ©morable projection Ă  la Maison des femmes de la vidĂ©o Miso et Maso vont en bateau oĂą l’humour, l’ironie font prendre conscience de l’inacceptable cachĂ© sous les discours lĂ©nifiants. La vidĂ©o offre des moyens quasi illimitĂ©s pour souligner les passages litigieux: rĂ©pĂ©tition de l’image, insertion de cartons interrogatifs ou explicatifs qui, avec une ironie mordante accentuent toutes les assertions misogynes qui passeraient inaperçues dans le dĂ©roulĂ© du discours. Les dĂ©bats suivant les projections Ă©taient toujours animĂ©s mais les participantes en ressortaient transformĂ©es, bouillonnantes de rĂ©flexions et de projets d’action. Ces vidĂ©os, prĂ©cieux tĂ©moignages de lutte, sont dĂ©posĂ©es au Centre Audiovisuel Simone de Beauvoir lequel constitue le lieu d’archivage des tĂ©moignages de cette pĂ©riode et dont la DĂ©lĂ©guĂ©e GĂ©nĂ©rale, Nicole Fernandez Ferrer, est prĂ©sente Ă  Amiens pour une des projections publiques. C’est grâce Ă  elle et grâce au Centre que nous pouvons vous prĂ©senter ce film aujourd’hui puisqu’il est constituĂ© de tĂ©moignages et de fragments dĂ©posĂ©s dans ses archives.

Le film «Delphine et Carole, Insoumuses» relate l’Ă©popĂ©e du MLF et des luttes des annĂ©es 70 en puisant dans les films tournĂ©s par «Delphine et Carole», autant dire qu’il est traversĂ© d’images des diffĂ©rents mouvements de ces annĂ©es-lĂ : les Lip, le FHAR (Front homosexuel d’action rĂ©volutionaire), le MLAC (Mouvement pour la libertĂ© de l’avortement et de la contraception) et tant d’autres. Le souvenir de ValĂ©rie Solanas traverse aussi le film et Delphine Seyrig nous lit des extraits de «SCUM Manifesto» dans une habile mise en scène car le souci documentaire n’exclut pas les prĂ©occupations esthĂ©tiques et les deux corĂ©alisatrices mettent parfois au point de vĂ©ritables dispositifs soit pour allĂ©ger le propos, soit, au contraire, pour le rendre plus percutant.

Le mouvement des femmes affiche alors une belle unitĂ© malgrĂ© la multitude des groupes spĂ©cifiques, les Editions des Femmes ne sont pas encore crĂ©es, le mouvement ne s’est pas encore institutionnalisĂ©…..

RĂ©alisĂ© après la mort de Carole Rassopoulos, le documentaire que nous vous prĂ©sentons ravivera donc les souvenirs des militantes de l’Ă©poque, d’oĂą qu’elles soient et particulièrement d’Amiens oĂą des groupes très actifs militaient pour les droits, contre les violences, contre le sexisme Ă  partir de ce lieu matriciel qu’Ă©tait la Maison des Femmes. Il montrera aux plus jeunes le chemin parcouru et la fragilitĂ© des acquis.

Nous terminerons sur cette citation de Simone de Beauvoir :  « Rien n’est jamais dĂ©finitivement acquis. Il suffira d’une crise politique, Ă©conomique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. »

Anne Marie Poucet

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