Rendez-vous avec Swann Arlaud Édition 41

Pour la première fois, le festival offre à un comédien une carte blanche construite autour du désir. Le comédien Swann Arlaud proposera 5 films qui l’ont inspiré de Stanley Kubrick à Claude Sautet, sans oublier Marguerite Duras. Du plaisir en perspective ! Swann Arlaud sera présent le dimanche 14 et le lundi 15 novembre.

La programmation

Swann Arlaud, le jeu et le désir

Exister par soi-même, par ce que l’on crée, ce n’est pas si évident que cela quand vos parents ont choisi de vous donner comme prénom Swann, le héros d’À la recherche du temps perdu. Référence à Marcel Proust quelque peu écrasante pour un enfant mais qui d’emblée créait sa singularité. Quant au « temps perdu », ce n’est pas la caractéristique principale de son parcours. Certes, on a l’impression de le connaître depuis peu. Disons depuis Petit paysan d’Hubert Haruel qui lui valut en 2018, à trente-sept ans, le César du meilleur acteur, doublé deux ans plus tard, en 2020, de celui de meilleur acteur dans un second rôle pour Grâce à Dieu de François Ozon. Mais c’est méconnaître la richesse d’un parcours commencé à l’âge de six ans dans Jeux d’artifices de Virginie Thévenet. On peut se dire qu’à cet âge-là c’est le fait du hasard, mais dans son cas il s’agit plutôt d’un terrain fertile. Côté grands-pères, un comédien et un scénariste. Papa, lui, est chef décorateur et maman directrice de casting et metteuse en scène de théâtre. C’est elle qui le fera monter la première fois sur scène à l’âge de vingt-neuf ans aux côtés d’Isabelle Carré dans Une femme à Berlin. Une expérience difficile pour lui : « Je jouais un type affreux de la Wehrmacht. J’ai été terrorisé tout au long des représentations, sauf le dernier soir… ». Si l’on ajoute à cela que son beau-père est le célèbre directeur de la photo Bruno Nuytten, on se dit qu’il lui a été difficile d’échapper à son destin. D’ailleurs, c’est grâce à la riche vidéothèque de son beau-père qu’il découvre les films de Cassavetes, Bergman, Pialat… et les comédiens qui le fascinent comme Blier, Rochefort, Serrault…

Ce n’est pourtant pas le métier de comédien qui l’attirait mais plutôt le dessin, la peinture, les arts décoratifs. « J’ai passé mon adolescence à recouvrir les murs de la ville d’inscriptions. Je taguais les toits et les terrains abandonnés ». C’est d’ailleurs vers des études d’art qu’il se tourne. Une période de quatre ans qu’il a adoré. Il sortira diplômé de la prestigieuse école d’Arts décoratifs de Strasbourg. Talents éclectiques donc et quelque peu frondeurs que l’on retrouve dans nombre de ses choix. Car même s’il est resté longtemps cantonné dans des seconds rôles, on ne peut qu’être impressionné par sa filmographie. Pas moins de cinquante-six films à même pas quarante ans. Auxquels il faut rajouter vingt-deux téléfilms ou séries dans lesquels il est apparu dans des rôles souvent marquants.

Petit paysan fut donc l’aboutissement de tout cela et le début d’une reconnaissance totale de Swann Arlaud. S’ensuivit Un beau voyou (Lucas Bernard) présenté au Festival International du Film d’Amiens en 2018, le bouleversant Grâce à Dieu (François Ozon), le jubilatoire Perdrix (Erwan Le Duc) et maintenant l’attendu Vous ne désirez que moi (Claire Simon) dans le rôle de Yann Andrea le dernier compagnon de Marguerite Duras. Film présenté en compétition le 14 novembre au Festival International du Film d’Amiens et qu’il présentera avec Claire Simon. Parallèlement à cette présentation Swann Arlaud a choisi de proposer, au public, cinq films sur le thème du désir.

Cinq illustrations/réflexions dont les résonances, comme une pierre jetée dans l’eau, sont infinies. Comme celle de La leçon de Piano (Palme d’or Cannes 1993) de Jane Campion : le troc/chantage morceaux de piano contre pièces de vêtements entre une jeune femme muette et son bourreau amoureux, désir et résistance mêlée, leçon de piano qui se transforme en leçon d’amour. Mais à quel prix ? Magnifique. Tout comme le bouleversant Nelly et Monsieur Arnaud (1995) dernier film de Claude Sautet. Monsieur Arnaud (Michel Serrault) qui déclare « Il y a des désirs qui ne détèlent jamais, heureusement je n’en suis plus là » va voir au soir de sa vie ses certitudes se fissurer au contact d’une jeune femme (Emmanuelle Béart) revenue elle-même de ses propres amours. Le désir, l’attirance, la rencontre qui vous donne le vertige de l’inconnu n’ont pas d’âge. Œuvre testamentaire d’un grand cinéaste, tout comme celle de Stanley Kubrick avec Eyes Wide Shut (1999). À l’aube de sa propre disparition, Kubrick s’interroge dans un film aussi désenchanté que troublant sur les aléas de la vie de couple, le désir qui court, l’infidélité, la puissance des rêves et des fantasmes, les vertiges orgiaques et le mystère de nos destinées. Pour se faire, il invite un vrai couple dans la vie (Nicole Kidman/Tom Cruise) sur ce chemin épineux. Vertigineux. À l’opposé stylistique mais hypnotiquement fascinant, le déstabilisant et sans équivalent India song de Marguerite Duras (présente par la voix).

Le vice-consul à Lahore (Michael Lonsdale) fou de désir hurle son amour douloureusement platonique à la femme de l’ambassadeur (magnétique Delphine Seyrig) qui s’abandonne dans les bras d’autres amants, alors qu’une mendiante se lamente à l’extérieur du Palais. Deux films en un : celui des corps et celui des voix. Et la musique obsédante de Carlos d’Alessio… Loin de cette torpeur languide, la forêt des Vosges héberge les révolutionnaires nus de Perdrix (2019) d’Erwan Le Duc. Le téléscopage surréaliste entre un homme tranquille, le capitaine Perdrix (Swann Arlaud) et une jeune femme aussi libre que frondeuse (Maud Wyler) va insuffler du désir dans sa vie sans aspérité. Drôle, poétique, d’un anarchisme souriant proche du surnaturel. « Jouer dans un film implique d’être sensible au monde invisible. Il faut accepter que quelque chose nous échappe, qu’il existe une part de magie dans le travail d’interprétation. » aime à dire Swann Arlaud. Ces cinq films en sont la parfaite illustration.

Jean-Pierre Bergeon.

India song
Les films

5 films

Filmographie sélective Swann Arlaud

Les émotifs anonymes de Jean-Pierre Améris  2010L'homme qui rit de Jean-Pierre Améris 2012Michael Kohlhaas d'Arnaud des Pallières 2013Les anarchistes d'Élie Wajeman 2015Ni le ciel ni la terre de Clément Cogitore 2015The End de Guillaume Nicloux 2016Petit Paysan d'Hubert Charuel 2017Un beau voyou de Lucas Bernard  2018Grâce à Dieu de François Ozon 2018Perdrix d'Erwan Le Duc 2019Comment je suis devenu super-héros de Douglas Attal 2020

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